
Les attaques visant les smartphones Android ont fortement accéléré depuis le début de l’année 2025. Plusieurs rapports de cybersécurité décrivent une hausse nette des infections mobiles, avec des chevaux de Troie toujours plus discrets, capables de se cacher derrière des applications en apparence banales : assistants IA, messageries, outils de livraison, lecteurs vidéo, gestionnaires de fichiers ou fausses mises à jour système.
Selon les données citées par Kaspersky, les incidents liés aux menaces mobiles auraient progressé de 29 % sur un an. De leur côté, les chercheurs de Zscaler ThreatLabz ont identifié 239 applications malveillantes totalisant plus de 40 millions d’installations. Le problème n’est donc pas limité à quelques applications obscures : il touche un écosystème entier où les cybercriminels changent régulièrement de nom, d’icône et de méthode de distribution.
La mauvaise approche consiste à chercher uniquement une liste figée “d’applications à supprimer”. Elle sera probablement obsolète quelques jours plus tard. La bonne stratégie est de comprendre quelles catégories d’applications sont à risque, comment les chevaux de Troie infectent un téléphone et quels signaux doivent vous alerter.
Pourquoi les chevaux de Troie ciblent autant les téléphones Android
Un cheval de Troie, ou trojan, est un logiciel malveillant qui se fait passer pour une application légitime. Contrairement à un virus classique, il ne se propage pas forcément tout seul. Il trompe plutôt l’utilisateur afin d’obtenir une installation volontaire, puis agit discrètement en arrière-plan.
Android est une cible privilégiée pour plusieurs raisons. D’abord, le système équipe une très grande partie des smartphones dans le monde, ce qui offre aux attaquants un terrain immense. Ensuite, son fonctionnement ouvert autorise l’installation d’applications depuis des sources externes via des fichiers APK. Cette souplesse est utile pour les utilisateurs avancés, mais elle crée aussi une porte d’entrée pour des applications non vérifiées.
Enfin, les chevaux de Troie exploitent un comportement très fréquent : accepter trop vite les autorisations. Une application de lampe torche, de lecteur vidéo ou de livraison qui demande l’accès aux SMS, aux contacts, à l’accessibilité ou aux notifications peut obtenir bien plus de contrôle qu’elle n’en a réellement besoin.
Le cas le plus dangereux : les trojans bancaires
Les chevaux de Troie bancaires font partie des menaces mobiles les plus préoccupantes. Leur objectif est simple : accéder à vos identifiants, intercepter vos codes de validation ou manipuler l’affichage de votre téléphone pour vous faire saisir vos informations sur une fausse interface.
Certains malwares sont capables d’afficher une fausse page de connexion par-dessus l’application bancaire officielle. D’autres lisent les SMS de validation, enregistrent les frappes au clavier ou utilisent les services d’accessibilité pour observer ce qui se passe à l’écran. Dans les cas les plus graves, l’attaquant peut prendre le contrôle partiel ou total de l’appareil.
Les familles de malwares Android à connaître en 2025
Les noms des applications infectées changent régulièrement, mais plusieurs familles de malwares reviennent dans les analyses de chercheurs en cybersécurité. Les connaître permet de mieux comprendre les méthodes utilisées.
- SparkCat : détecté par Kaspersky en 2025, ce cheval de Troie se distingue par une technique inquiétante. Il analyse les captures d’écran stockées sur le téléphone afin d’y rechercher des phrases de récupération de portefeuilles crypto. Certaines applications infectées se présentaient comme des assistants IA, des messageries ou des services de livraison.
- PlayPraetor : ce malware a compromis plus de 11 000 appareils via de fausses pages imitant le Play Store et des publicités diffusées sur les plateformes Meta. Il vise notamment les données bancaires et le contrôle à distance du smartphone.
- Albiriox : ce trojan bancaire peut prendre le contrôle d’un téléphone et cible plusieurs centaines d’applications financières. Il se propage notamment via de fausses notifications de mise à jour système.
- KoSpy : déguisé en utilitaire banal, comme un gestionnaire de fichiers ou un outil de mise à jour, ce spyware collecte des SMS, des données de localisation et des documents personnels.
- Triada : ce malware ancien mais toujours actif s’intègre profondément dans le système pour afficher des publicités agressives et collecter des informations personnelles.
- Mamont : particulièrement observé en 2025, il emprunte l’apparence de navigateurs, de lecteurs vidéo ou d’applications de livraison pour voler des identifiants et des mots de passe.
- DroidLock : classé parmi les ransomwares, il bloque l’accès au téléphone et exige le paiement d’une rançon pour le déverrouiller.
Ces exemples montrent une tendance claire : les cybercriminels ne se limitent plus aux applications manifestement douteuses. Ils imitent des usages du quotidien et s’appuient sur des thèmes très populaires, dont l’intelligence artificielle, les services de livraison, les outils de productivité, la vidéo, la finance et la crypto.

Les applications les plus à risque ne portent pas toujours un nom suspect
La question “quelles sont les 9 applications à supprimer ?” est compréhensible, mais elle peut induire en erreur. Les applications malveillantes disparaissent, réapparaissent, changent de nom, d’icône, de développeur ou de boutique. Une liste ponctuelle ne suffit donc pas à se protéger durablement.
En revanche, certaines catégories reviennent souvent dans les campagnes d’infection. Si vous avez installé récemment une application appartenant à l’un de ces groupes, il est recommandé de vérifier ses autorisations et son origine.
- Faux assistants IA promettant des fonctions avancées gratuites, sans éditeur identifié clairement.
- VPN gratuits inconnus qui demandent de nombreuses autorisations sans politique de confidentialité sérieuse.
- Applications “gagner de l’argent” promettant des récompenses faciles contre des clics, des vidéos ou des inscriptions.
- Lecteurs vidéo obscurs téléchargés hors Play Store ou proposés via des publicités agressives.
- Gestionnaires de fichiers ou nettoyeurs système réclamant des accès très étendus.
- Applications de livraison ou de suivi de colis reçues par lien SMS plutôt que depuis une source officielle.
- Fausses mises à jour Android affichées dans le navigateur sous forme de pop-up alarmiste.
- Jeux piratés ou applications crackées distribués sous forme d’APK sur des forums ou sites tiers.
- Messageries alternatives imitant des services connus ou promettant des fonctions premium gratuites.
Ces catégories ne sont pas automatiquement dangereuses. Il existe évidemment de vrais VPN, de vrais lecteurs vidéo et de vrais gestionnaires de fichiers. Le danger apparaît lorsque l’application vient d’une source douteuse, qu’elle demande des autorisations incohérentes ou qu’elle a été installée à la suite d’une publicité ou d’un message non sollicité.
Comment ces malwares arrivent sur un smartphone Android
Les chevaux de Troie mobiles ne reposent pas sur une seule technique. Ils combinent souvent ingénierie sociale, fausses interfaces et exploitation de la confiance de l’utilisateur.
Les applications piégées sur des stores officiels
Le Play Store reste plus sûr qu’un site APK inconnu, mais il ne constitue pas une garantie absolue. Certaines applications malveillantes parviennent à contourner les contrôles en paraissant inoffensives au départ, puis en activant leurs fonctions dangereuses après une mise à jour ou via un serveur distant.
C’est particulièrement problématique pour les applications liées à des tendances fortes, comme les outils IA. Un faux assistant peut afficher une interface propre, fournir quelques fonctions basiques, puis collecter des données ou demander progressivement des autorisations sensibles.
Les faux Play Store et les publicités sur les réseaux sociaux
Les attaquants créent aussi des pages qui imitent le Play Store. Une publicité promet une application utile, une mise à jour urgente ou une fonction gratuite. L’utilisateur clique, arrive sur une page visuellement crédible, puis télécharge en réalité un fichier APK malveillant.
Ce scénario est dangereux parce qu’il exploite un réflexe de confiance : si la page ressemble à une boutique officielle, beaucoup d’utilisateurs ne vérifient pas l’adresse exacte, le développeur ou la provenance du téléchargement.
Le smishing : le piège du SMS de livraison ou de facture
Le phishing par SMS, aussi appelé smishing, reste l’un des moyens les plus efficaces pour infecter un téléphone. Le message annonce une livraison bloquée, un paiement refusé, une facture urgente ou une amende à régler. Le lien redirige vers une page qui incite à installer une application ou à saisir des identifiants.
Dans le cas d’un faux suivi de colis, par exemple, l’utilisateur pense installer l’application du transporteur. En réalité, il donne à un malware l’accès aux notifications, aux SMS ou à d’autres données sensibles.
Les APK téléchargés hors boutique officielle
Les fichiers APK trouvés sur des forums, des sites de téléchargement ou des chaînes de messagerie constituent l’un des vecteurs les plus risqués. Les applications modifiées, jeux piratés ou versions “premium gratuites” peuvent contenir une charge malveillante invisible au moment de l’installation.
Le risque est d’autant plus élevé que ces applications demandent souvent de désactiver certaines protections Android ou d’autoriser l’installation depuis des sources inconnues.

Les signes qui doivent vous alerter sur une infection
Les malwares modernes cherchent à rester invisibles. Toutefois, plusieurs indices peuvent révéler une activité suspecte sur votre téléphone.
- Batterie qui se vide rapidement sans changement d’usage apparent.
- Surchauffe inhabituelle, même lorsque vous n’utilisez pas d’application lourde.
- Consommation de données anormale, visible dans les paramètres réseau.
- Publicités ou pop-ups intempestives qui apparaissent hors des applications habituelles.
- Ralentissements, crashs ou redémarrages fréquents.
- Applications inconnues dans la liste des logiciels installés.
- Demandes d’autorisations incohérentes, par exemple un lecteur vidéo qui réclame l’accès aux SMS.
- Notifications étranges liées à une mise à jour, une sécurité critique ou un service que vous n’avez jamais installé.
Un seul de ces signes ne prouve pas forcément une infection. Une batterie vieillissante ou une application mal optimisée peut aussi provoquer des ralentissements. En revanche, l’accumulation de plusieurs symptômes doit conduire à une vérification complète.
Comment vérifier les applications installées sur votre téléphone
Le contrôle le plus utile consiste à examiner les applications récemment installées et les autorisations accordées. Sur Android, le chemin peut légèrement varier selon la marque du téléphone, mais la logique reste la même.
- Ouvrez les Paramètres du téléphone.
- Allez dans Applications ou Gestion des applications.
- Triez si possible par date d’installation ou examinez les applications ajoutées récemment.
- Ouvrez chaque application suspecte.
- Consultez la section Autorisations.
- Retirez les accès qui ne sont pas indispensables.
- Désinstallez les applications dont l’origine, l’éditeur ou le rôle ne sont pas clairs.
Les autorisations les plus sensibles à surveiller sont l’accès aux SMS, aux appels, aux contacts, à la localisation, au micro, à la caméra, aux notifications et surtout aux services d’accessibilité. Ces derniers peuvent permettre à une application de lire le contenu affiché à l’écran ou d’interagir avec l’interface, ce qui explique pourquoi les trojans bancaires les ciblent souvent.

Que faire si vous pensez avoir installé une application infectée
Si vous soupçonnez la présence d’un cheval de Troie, l’objectif est de limiter rapidement les communications du malware, de supprimer l’application et de sécuriser vos comptes.
- Passez le téléphone en mode Avion afin de couper les connexions réseau et empêcher l’envoi de données supplémentaires.
- Identifiez les applications suspectes, notamment celles installées récemment ou provenant d’un lien SMS, d’une publicité ou d’un site APK.
- Désinstallez l’application depuis les paramètres Android, dans la section Applications.
- Vérifiez les droits d’administrateur si la désinstallation est bloquée. Allez dans les paramètres de sécurité, puis désactivez les droits accordés à l’application suspecte.
- Lancez une analyse antivirus avec une solution mobile reconnue, comme Bitdefender, Malwarebytes, Kaspersky ou une autre application de sécurité réputée.
- Changez vos mots de passe sensibles depuis un autre appareil sain : messagerie, banque, réseaux sociaux, comptes professionnels, gestionnaire de mots de passe et portefeuilles crypto.
- Activez les alertes bancaires et surveillez vos relevés pendant plusieurs semaines.
- Réinitialisez le téléphone en dernier recours si les symptômes persistent ou si l’infection semble profonde.
Si vous utilisez votre smartphone pour valider des paiements, gérer des cryptomonnaies ou accéder à des comptes professionnels, ne minimisez pas l’incident. Un cheval de Troie mobile peut avoir consulté des notifications, capturé des identifiants ou intercepté des codes de confirmation.
Les bons réflexes pour éviter une nouvelle infection
La meilleure défense contre les malwares Android repose sur quelques habitudes simples, mais appliquées systématiquement.
- Téléchargez vos applications depuis le Play Store ou le site officiel de l’éditeur.
- Évitez les APK provenant de forums, de chaînes Telegram, de publicités ou de sites de téléchargement.
- Lisez les avis, mais ne vous fiez pas uniquement à la note globale : les faux avis sont fréquents.
- Vérifiez le nom du développeur et l’ancienneté de l’application.
- Refusez les autorisations qui ne correspondent pas à la fonction de l’application.
- Méfiez-vous des applications trop belles pour être vraies : argent facile, VPN illimité gratuit, IA premium gratuite, jeu payant offert.
- Maintenez Android et vos applications à jour depuis les paramètres officiels, jamais depuis une fenêtre pop-up dans un navigateur.
- Activez Play Protect et effectuez régulièrement une analyse de sécurité.
- Utilisez l’authentification à deux facteurs, idéalement avec une application dédiée plutôt que par SMS lorsque c’est possible.
Pour les utilisateurs qui testent beaucoup d’outils IA sur mobile, la prudence est encore plus importante. Les cybercriminels surfent sur la popularité de l’intelligence artificielle en publiant de faux assistants, générateurs d’images ou claviers “intelligents”. Avant d’installer ce type d’application, vérifiez l’éditeur, la politique de confidentialité, les autorisations demandées et la réputation du service.

Faut-il supprimer immédiatement toutes les applications inconnues ?
Il ne faut pas paniquer ni supprimer au hasard toutes les applications que vous ne reconnaissez pas immédiatement. Certains services installés par le constructeur ou l’opérateur peuvent avoir des noms techniques. En revanche, une application récemment ajoutée, sans icône claire, avec un nom générique et des autorisations excessives doit être traitée comme suspecte.
La règle pratique est simple : si vous ne savez pas pourquoi une application est installée, si vous ne savez pas d’où elle vient et si elle demande des accès sensibles, il faut enquêter. Recherchez le nom exact de l’application, vérifiez son éditeur, consultez les autorisations et supprimez-la si elle ne correspond à aucun usage légitime.
Ce qu’il faut retenir
Il n’existe pas de liste définitive d’applications Android dangereuses à supprimer, car les cybercriminels changent constamment d’identité numérique. En revanche, les méthodes restent prévisibles : faux utilitaires, fausses mises à jour, applications IA douteuses, VPN gratuits inconnus, lecteurs vidéo obscurs, jeux piratés et liens reçus par SMS.
Face à la progression des chevaux de Troie mobiles, votre meilleure protection consiste à surveiller les autorisations, éviter les sources non officielles et réagir vite en cas de comportement anormal. Un smartphone contient aujourd’hui vos comptes bancaires, vos messages, vos photos, vos accès professionnels et parfois vos actifs crypto. Il mérite donc le même niveau de vigilance qu’un ordinateur professionnel.